Les pilotes d’embarcations rapides sont intimement liés aux Commandos Marine, pour lesquels ils assurent la mise en œuvre des embarcations rapides dans le cadre des opérations maritimes. Ils sont regroupés au sein de l’Escouade Mer, (ex S.V.N.C) du Commando Ponchardier à Lorient et à la section nautique du Commando Hubert à Toulon.

Situons tout cela pour une bonne compréhension.

Les Commandos Marine

Surgis du ventre de la nuit, ils sont porteurs des foudres de Neptune.

Cette phrase mythique, est un symbole de la prédominance des Commandos Marine sur les Océans. Les Commandos Marine, qui sont les héritiers du 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos, dont les 177 hommes du Commandant Kieffer, furent les seuls français à débarquer le 06 juin 1944 sur les plages de Normandie, avec le Commando N°4 britannique, à Ouistreham.

Depuis cette époque les Commandos Marine, n’ont eu de cesse que de dominer l’élément maritime pour en faire leur domaine d’excellence, cela avec des hommes sélectionnés et entrainés, et les vecteurs les plus performants qui soient. Aujourd’hui regroupés en sept Commandos (unités autonomes) : Jaubert, Trepel, de Monfort, de Penfentenyo, Hubert (Nageur de combats), Kieffer et Ponchardier (soutien), les Commandos Marine sont sous le commandement de l’Amiral commandant la FORFUSCO, Force des Fusiliers Marins et Commandos. Ils sont également intégrés au C.O.S, [Commandement des Opérations Spéciales.]

La création de la S.V.N.C [Section des Vecteurs Nautiques Commandos]

Au milieu des années 90, avec pour objectif de faire surgir les Commandos, de plus loin, plus vite et avec le plus d’hommes encore, la FORFUSCO se dote d’un nouveau vecteur nautique, l’ETRACO, pour Embarcation de Transport Rapide Commandos. Il s’agit de répondre également à la montée en puissance des capacités des Commandos concernant l’action de l’état en mer et de contreterrorisme maritime.

Jusque-là, l’embarcation principale pour les actions de reprise de vive force, était l’Embarcation à fond rigide (EFR) de 4,30 motorisée avec un 90 cv.

L’ETRACO, embarcation semi-rigide de 8 mètres, poids 3,4 tonnes, motorisée initialement avec 2 moteurs hors-bord Yamaha de 150 cv, développée avec Zodiac, va révolutionner les capacités nautiques des Commandos Marine, mais également l’approche et la gestion des vecteurs nautiques de ce type. La FORFUSCO se dotera de dix ETRACO, dont la motorisation évoluera vers 2 x 175 cv puis 2 x 200 cv avec quelques aménagements. L’ETRACO file à 45 nœuds, il est toujours en service. Une version NG se profile …

Dans un premier temps, un pool de pilotes ETRACO est constitué au sein de la « Soute Nautique » de la BFMC, Base des Fusiliers Marins et Commandos.  Ce sont nos « pères fondateurs » avec le Patron mécanicien, Florent R. dit « Roro » premier pilote et instructeur [Une légende] . Les pilotes sont alors formés au sein des commandos.

Cependant, de telles embarcations nécessitent des pilotes hautement spécialisés et des compétences particulières, non seulement dans la capacité à piloter, mais afin d’en assurer l’entretien et le maintien en condition opérationnelle.

La FORFUSCO va alors créer une unité dédiée à la mise en œuvre des ETRACO, en 2001 la S.V.N.C, [Section des Vecteurs Nautiques Commandos] voit le jour et prospère encore aujourd’hui sous le nom d’Escouade Mer, au sein du Commando Ponchardier (Logistique/Soutien opérationnel) qui a suppléé à la BFMC. Une section nautique dédiée existe également sur Toulon au Commando Hubert.

Depuis l’ETRACO, un nouveau vecteur est venu compléter la drome de la S.V.N.C/Escouade Mer au début des années 2010, l’ECUME, pour Embarcation Commandos à Usages Multiples. La FORFUSCO souhaitant alors une embarcation diesel afin de satisfaire l’interopérabilité avec la flotte de combat et augmenter le rayon d’action des commandos, va développer le programme ECUME. Embarcation semi-rigide de 9,3 m motorisée avec deux moteurs de 300 cv diesel in-board, poids 3,9 tonne. L’ECUME peut transporter 10 commandos équipés. L’embarcation est déclinable en plusieurs versions adaptables en fonction des missions : raids longues distances avec emport de vecteurs (RIB, kayacs, tracteurs sous-marins…), assaut mer, appui… l’autonomie de l’ECUME dépasse les 200 nautiques pour une vitesse de 40 nœuds.

L’ETRACO et L’ECUME sont complémentaires, les capacités spécifiques à la motorisation hors-bord demeurant essentielles pour certaines missions.

Les pilotes sont formés sur les deux embarcations. L’équipage pour les deux vecteurs est d’un Pilote et un navigateur chef de raid, il peut-être complété par un mécanicien et un radio. Les navigateurs sont dans un premier temps pilotes, puis suivent une formation spécifique.

Comment devenir pilote

Pour devenir pilote, il faut déjà être dans la Marine Nationale. L’accès à l’Escouade Mer , se fait sur la base du volontariat ouvert à plusieurs spécialités, principalement : Mécaniciens, Manœuvriers, Fusiliers, Elec. Les candidats subissent une sélection afin de s’assurer de la motivation, de l’endurance, du sens marin et bien entendu leur aptitude au pilotage. L’aisance aquatique est également contrôlée, car le pilote qui se retrouve piégé sous son embarcation qui pourrait se retourner, doit être capable de garder son sang-froid dans l’eau froide afin d’effectuer les bons gestes pour s’extirper de cette situation délicate.

Les pilotes sont brevetés parachutistes. L’ETRACO pouvant être largué à la mer en parachute au cours d’une opération de déploiement, suivi de son équipage et des commandos. Par conséquent ils doivent satisfaire aux tests d’aptitude physique T.A.P (Troupes Aéroportées), au même titre que le personnel des unités paras.   

Les candidats ayant satisfait à la sélection et aux tests T.A.P, suivront la formation des pilotes qui se déroule sur trois semaines à Lorient au sein de l’Escouade Mer. Formation au cours de laquelle les stagiaires sont mis à l’épreuve : manœuvres, raids longues distances, assauts à la mer. Le pilote doit maitriser son embarcation en toutes circonstances, de jour comme de nuit, dans des mers difficiles, dans des conditions météo extrêmes, dans les remous du sillage d’un navire à passagers filant à 20 nœuds. Le pilote est responsable de la préparation de son embarcation et du personnel à son bord, mais il ne s’agit pas que de transport, il doit déposer les commandos au point prévu et en mesure de réaliser leur mission. Pour cela il doit adopter sa conduite à l’état de la mer afin de les préserver. C’est tout un savoir-faire.

Corsaires de l’Espérance